Le Moulin de Mortaise

Révolution industrielle ?

La paix revenue en 1815, des gens dynamiques apparaissent.

Ainsi en 1823 Goin crée-t-il le fameux moulin de Mortaise, à Lucenay-l'Evêque, lequel va bientôt être appelé le grand moulin.

 

Les premiers grands moulins à grain


Mortaise frappe tellement l'imagination que Monnier écrit en 1856 dans son Annuaire historique et statistique de Saône-et-Loire :

A son passage dans cette commune, la rivière du Ternin fait mouvoir plusieurs usines, parmi lesquelles les beaux moulins à blé de M. Goin, 3 autres moulins à blé et 2 moulins à tan.”

Il sera plus précis dans l'édition de 1869: 4 moulins à grain dont un à 4 tournants moulant pour le commerce.

Hé oui : pour le commerce. Car la grande nouveauté n'est pas forcément technique : c'est d'abord que, abandonnant la tradition purement agricole, les propriétaires de certains moulins les conçoivent comme des établissements industriels et commerciaux : il s'agit maintenant d'acheter le grain, de fabriquer la farine, et de la vendre aux boulangers.

 

C'est sans doute à cause du succès de Goin, attirant vers lui les producteurs de grains, que l'abbé Charrault écrit relativement à la commune voisine d'Alligny: “les chariots qui descendaient aux moulins de Lucenay étaient si nombreux qu'il fallut paver la route qu'ils défonçaient ”.

 

Vers 1850, le moulin de Mortaise, seul de Lucenay à ne travailler que le blé, est le plus important du Morvan.

 

Ce moulin cessa toute activité en 1960

 

Descriptif du bâtiment, intérêt architectural et technique :

 

II s'agit en fait d'un bâtiment conçu sur quatre niveaux fonctionnels, très représentatif de l'architecture industrielle du milieu du XIXe siècle. Structure en moellons avec des niveaux et charpentes en bois, suivant la conception traditionnelle à l'époque, des minoteries.

Le bâtiment est accolé d'un appentis qui recevait la machine à vapeur, énergie d'appoint lorsque l'eau n'était pas suffisante.

Le bâtiment industriel proprement dit se trouve au fond d'une cour occupée par d'autres bâtiments (remise, dépendance et habitation).

La partie habitation est située en prolongement de la partie industrielle:

en premier lieu, l'habitation actuelle sur un niveau plus un comble utilisé comme grenier pour le stockage de la farine, ce logis est conçu à l'image de l'habitat du Morvan de la fin du siècle dernier: maison allongée, logement sur un niveau, toit à deux pans.

En prolongement de cet édifice, un bâtiment différent, de plan sensiblement carré avec deux étages d'habitation, toit à quatre versants à croupe, ceinturé d'une corniche de bois, témoigne sans doute de l'aisance du minotier au XIXe siècle et de son statut dans la commune.

L'importance de la minoterie par rapport aux nombreux petits moulins des vallées morvandelles s'explique par la situation bordière de Lucenay-Lévêque, voie d'accès du Morvan vers l'extérieur.

 

En 1995 la commune a acquis l’ensemble immobilier du Moulin de Mortaise aux dames CARRION.

Le projet initial devait s’orienter vers une restauration du bâtiment et de ses équipements comme témoignage d’un des rares moulins de type industriel qui a fonctionné dans la région jusqu’aux années soixante.

 

Après les travaux de propreté nécessaires à l’organisation de quelques journées du patrimoine, force a été de constater le désintérêt des Lucenois pour cette mise en valeur du patrimoine industriel de la commune.

 

Dix ans s’étaient déjà passés, avec les dégradations inévitables dues aux intempéries et à l’état de vétusté des bâtiments sans que la commune puisse avec le budget courant envisager des travaux sommaires de conservation.

Chaque année, à l’élaboration du budget, le conseil municipal tirait la sonnette d’alarme sur l’urgence d’entreprendre des travaux de sauvetage sur les deux monuments que sont la vieille église de Morey et le Moulin de Mortaise.

Comment une commune de moins de 500 habitants pouvait-elle faire face à de tels investissements ; l’une était partiellement écroulée et le restant de l’édifice devenait dangereux tandis que l’autre se hâtait inexorablement vers le sort du premier.

 

Sans subvention suffisante ou concours de l’état, nous n’entrevoyions même pas d’autre alternative que l’imminence d’une catastrophe.

 

Consciente de cette situation qui n’existe pas qu’à Lucenay, la « Région » a mis en place une politique de revitalisation des bourgs ruraux qui possèdent un patrimoine ancien susceptible d’être valorisé alors que, par ailleurs, il existe une insuffisance notoire de logements locatifs en milieu rural.

 

Aussi, pour améliorer l’attractivité et le développement des centres bourgs, la Région a souhaité encourager la création de logements locatifs dans une perspective de maintien de l’équilibre démographique et économique des petites communes.

Elle contribue de cette façon au maintien de la vie sociale et au soutien de l’activité des artisans et des petites et moyennes entreprises du bâtiment et de travaux publics, essentielles à l’équilibre du milieu rural.

Baptisée Opération « Cœur de villages » ces programmes bénéficient d’aides financières de la Région, combinées avec des aides départementales, de la restauration du patrimoine, de crédits d’Etat, qui ne peuvent dépasser 80% du financement global hors taxes.

 

Notre première démarche fut de consulter notre comptable du Trésor, pour réaliser une étude financière prospective sur les cinq prochaines années.

La gestion prudente des équipes successives, conjuguée à une phase de désendettement de la commune rendait possible une telle opération étalée sur quatre ans.

 

Le projet culturel du moulin étant sans lendemain, il est apparu au conseil que, seule, cette opportunité pouvait remédier aux carences qui conduiraient le bâtiment vers le même sort que la vieille église.

L’immeuble sauvegardé par des logements locatifs rendait l’opération financièrement envisageable, car la part restant à la charge de la commune pouvait être compensée par les loyers encaissés.

 

 Qu’en est il aujourd’hui ?

Après deux années de dossiers et démarches intenses, deux années de travaux riches en péripéties, la réception est arrivée à sa fin.
Le Bâtiment principal sur quatre niveaux rassemble une maison médicale au rez-de-chaussée qui accueille les deux médecins du village, un cabinet d'infirmières, un local pour un kinésithérapeute et un sophrologue.

Aux étages on retrouve 4 appartements de 63 m² environ, 2 duplex de 115 m². Le tout est desservi par un ascenseur et de larges paliers.

La maison des propriétaires, est divisée en deux niveaux : au rez-de-chaussée, 95 m² (2ch) avec terrasse sur le bief ; à l’étage, 95 m² (3ch) desservi par ascenseur. 
Le bâtiment est équipé d’un chauffage central raccordé pour l'instant à une chaufferie fuel.

 La pérennisation des services en milieu rural est un enjeu majeur pour nos populations vieillissantes.